La nature de l'intelligence émotionnelle

L'aptitude émotionnelle

L’aptitude émotionnelle est une méta-capacité : elle détermine avec quel bonheur nous exploitons nos autres atouts, y compris notre intellect.

Dans son ouvrage de référence « Frames of mind » (1983), Howard Gardner répartit l’intelligence émotionnelle en 5 domaines principaux :

  • La connaissance des émotions : la capacité à identifier ses propres émotions (reconnaître que l’on est de méchante humeur, c’est déjà vouloir ne plus l’être) ;
  • La maîtrise des émotions : savoir adapter ses sentiments à chaque situation ;
  • L’auto-motivation : la capacité à remettre à plus tard la satisfaction d’un désir ou de réprimer ses pulsions ;
  • La perception des émotions d’autrui : l’empathie ;
  • La maîtrise des relations humaines : l’aptitude à entretenir de bonnes relations avec autrui. Les individus se répartissent en 3 catégories selon leurs rapports avec leurs émotions :
    • Ceux qui ont conscience d’eux-mêmes et savent maîtriser et ajuster leurs émotions ;
    • Ceux qui se laissent submerger par leurs émotions et perdent toute distance ;
    • Ceux qui acceptent leurs dispositions d’esprit sans réagir : avec le sourire pour les optimistes, avec une tendance dépressive pour les pessimistes.

La maîtrise de soi

La maîtrise de soi est tenue pour une vertu depuis Platon. C’est-à-dire la capacité de résister aux tempêtes intérieures déclenchées par les coups du sort au lieu d’être « l’esclave de ses passions ». Le but étant l’équilibre et non l’extinction des émotions. Comme l’observait Aristote, ce qui est désirable c’est une émotion appropriée, un sentiment proportionné aux circonstances. Dans l’arithmétique du coeur, c’est le rapport entre les émotions positives et les émotions négatives qui détermine le sentiment de bien-être.

La colère

La colère est le mouvement de l’âme le plus difficile à maîtriser. Elle est en effet la plus séduisante des émotions négatives : le monologue intérieur auto-satisfait qui la déclenche fournit à l’esprit des arguments convaincants. A l’inverse de la tristesse, la colère procure de l’énergie voire de l’euphorie. Son détonateur universel est le sentiment d’être menacé. Ensuite elle se nourrit d’elle- même. Le fait de remâcher sa colère l’attise. Laisser libre cours à sa colère peut donner l’impression d’être salutaire. En réalité, les explosions de rage excitant le cerveau émotionnel, la personne finit par être plus en colère qu’avant. C’est l’escalade !

Ce n’est qu’en changeant de perspective qu’on peut parvenir à éteindre les flammes… Une information apaisante permet une réévaluation des événements à l’origine de la colère et offre l’occasion d’une désescalade. Si les distractions (l’humour au premier chef) exercent un effet calmant, c’est justement qu’elles interrompent le train de pensées agressives.

Restent certaines conditions particulières où lâcher la bride à sa colère peut être salutaire : lorsque cela permet de reprendre le contrôle d’une situation ou de redresser des torts. C’est parfois le chemin le plus approprié pour amener son interlocuteur à changer d’attitude. Il ne s’agit donc pas ni d’ignorer ni d’éliminer sa colère mais de ne pas la laisser gouverner notre action.

L'anxiété

L’anxiété est une autre émotion répandue qu’il est possible de chasser en en détournant l’attention. Au lieu de trouver des solutions, les anxieux se bornent généralement à ruminer le danger lui-même et se laissent ronger par la crainte qu’il suscite sans que leur pensée sorte pour autant de l’ornière. La rumination chronique des soucis semble apaiser l’anxiété mais ne résout jamais le problème. Au bout du compte elle l’entretient… La dépression peut s’installer… Là encore, ce sont les distractions qui brisent la chaîne des pensées alimentant la tristesse.

Par ailleurs l’anxiété mine l’intellect : les ressources mentales accaparées par la rumination des soucis ne sont plus disponibles pour le traitement d’autres informations. Notre attention est d’autant moins disponible pour rechercher les bonnes réponses.

L'optimisme

A l’opposé, l’optimisme est un grand motivateur. L’optimiste considère qu’un échec est dû à quelque chose qui peut être modifié de sorte à réussir le coup suivant. Alors que le pessimiste se reproche son échec et l’attribue à un trait de caractère non modifiable. La manière dont chacun perçoit ses aptitudes influe profondément sur ces aptitudes elles-mêmes. A intelligence égale, la réussite ne dépend pas que du talent mais aussi de la capacité de supporter l’échec.

Prenons l’exemple d’un vendeur : chaque refus essuyé constitue une petite défaite. La réaction émotionnelle à cette défaite détermine la capacité de l’individu à trouver le courage de persévérer. Avec l’accumulation des refus, le moral du vendeur risque d’être atteint. Le pessimiste digère moins bien ses échecs qu’il perçoit comme des échecs personnels (« je ne vaux pas un clou ! ») et cette interprétation risque fort d’entraîner apathie et défaitisme. L’optimiste au contraire se dira « je m’y prends mal » ou bien « mon interlocuteur était vraiment de mauvais poil aujourd’hui ! » ; du coup il modifiera son approche la fois suivante. Alors que l’attitude mentale du pessimiste conduit au désespoir, celle de l’optimiste fait naître l’espérance.

L'empathie

L’empathie repose sur la conscience de soi : plus nous sommes sensibles à nos propres émotions, mieux nous réussissons à déchiffrer celles des autres. Connaître intuitivement les sentiments d’autrui, c’est avant tout être capable de déchiffrer les signaux non verbaux ; 90% des messages affectifs sont non verbaux (ton de la voix, gestes d’irritation, rougeurs…) et sont presque toujours perçus inconsciemment (cf « l’homme est un iceberg »).

L’empathie se développe dès l’enfance : un enfant sera plus emphatique lorsque ses parents attirent son attention sur les conséquences de sa mauvaise conduite sur les autres (« regarde comme tu l’as rendu triste ») plutôt que sur une référence morale ou normative abstraite (« ce que tu as fait est vilain »).

Les émotions sont contagieuses. Lors d’une interaction entre deux personnes, le transfert de l’humeur va de l’individu le plus expressif vers l’individu le plus passif. Cette synchronie facilite la communication de l’humeur, qu’elle soit positive (enthousiasme) ou négative (tristesse, dépression). Chacun est plus ou moins prédisposé à la « contagion émotionnelle ». Le vrai leader (ou le bon acteur) est capable d’émouvoir de cette façon son auditoire. La « domination émotionnelle » est au coeur de l’influence.

L'intelligence interpersonnelle

L’intelligence émotionnelle se décline en intelligence interpersonnelle, elle-même se découpant en 4 composantes selon Gardner :

  • L’aptitude à organiser des groupes : c’est la capacité première du leader : elle consiste à savoir amorcer et coordonner les efforts d’un réseau d’individus
  • La capacité à négocier des solutions : c’est le talent du médiateur qui prévient les conflits ou les résout
  • La capacité à établir des relations personnelles : grâce à l’empathie qui permet d’identifier les sentiments et les préoccupations des autres
  • La capacité d’analyse sociale : elle va plus loin que l’empathie et permet une compréhension intime de l’autre.

Les caméléons "sociaux"

Les « caméléons sociaux » maîtrisent ces composantes pour passer maître dans l’art de faire bonne impression. Ils n’hésitent pas à dire une chose et agir différemment si cela leur vaut l’approbation d’autrui. Ils savent vivre le décalage entre leur image publique et leur réalité intérieure.

Sans être un « caméléon social », il est utile pour vivre en société de savoir remarquer et interpréter les émotions de son interlocuteur et de pouvoir y répondre. Un enfant arrivant dans une nouvelle école saura se faire accepter selon sa capacité plus ou moins grande à entrer dans le cadre de référence du groupe. Ceux qui y parviennent le mieux prennent d’abord le temps d’observer le groupe puis ils montrent qu’ils en acceptent les règles, enfin ils attendent que leur position au sein du groupe soit confirmée pour émettre des suggestions et ainsi la conforter encore.

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